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Louise Kohl est une jeune artiste calaisienne  bien connue dans la région, pour le dessin et la peinture et plus récemment la musique. Ce revirement artistique est né d’un blocage, suite à une épreuve qu’a vécu la jeune femme.

Louise, après plusieurs mois sans nouveau dessin, tu t’es lancée dans la musique sans crier gare. Pourquoi ces longs mois de silence ?

Il y a deux ans, j’ai perdu un être cher d’un cancer généralisé. Pendant un mois et demi je suis restée avec lui en soins palliatifs. Je venais tous les jours, je lui ramenais des smoothies par exemple. Sa chambre, c’était un peu chez nous, il y avait des dessins partout, on ne voyait plus les murs.

Cette personne était un artiste, comme toi ?

Il était poète et avant qu’il ne parte, on était en train de construire une expo ensemble : ces poèmes illustrés par mes dessins. Mais cette expo n’a jamais vu le jour. À l’hôpital, je ramenais ma tablette graphique, il me disait un mot et je l’illustrais. Je savais que je n’en ferai rien après, mais il adorait me regarder travailler. Quand les infirmières passaient il disait « faîtes un peu moins de bruit, on travaille ! » 

C’était des moments d’échanges précieux. Je n’ai jamais eu de pilier dans l’art, personne ne m’a guidé. Et lui est devenu mon guide sans que je m’en rende compte.

Cette expo n’a jamais vu le jour ?

Dans ses derniers jours, il voulait vraiment que je m’en occupe mais je n’ai jamais été capable de le faire. Je n’ai pas eu le courage d’exaucer son dernier souhait et j’ai ressenti une véritable sensation d’échec. Cette expo qu’on avait imaginée, elle est à nous et elle ne sera jamais publique.

Suite à ce décès, tu as connu un véritable vide artistique…

Je n’arrivais plus à peindre. J’aime peindre les visages mais ce projet a été arrêté car la personne qui me guidait n’était plus là. Je n’avais plus d’inspiration. En plus du fait de ne pas avoir pu monter l’exposition, j’avais l’impression d’avoir abandonné. Sans être croyante, je pense que l’on peut rendre fier quelqu’un qui n’est plus là. Et j’en ai fait un blocage.

Pendant combien de temps n’as-tu pas dessiné ?

Pendant un an je n’ai pas dessiné pour moi. Je ne dessinais que pour des cours ou des commandes. J’avais envie de dessiner, notamment quand je voyais des vidéos sur Instagram, mais je n’avais plus de raison. Pourquoi dessiner maintenant ? C’est un ami de mon copain qui m’a dit alors : « Ne prend pas trop ton temps, recommence le plus vite possible. » Je savais qu’il avait raison, mais je n’étais pas prête : tu sais que ce n’est pas le moment et qu’il ne faut pas le forcer. C’est étrange, comme deux aimants qui s’attirent mais qui ne se rejoignent jamais.

Tu parlais de ce que tu vivais pendant cette période de deuil ?

Je n’en parlais pas. Je parle peu en général car je ne veux pas de pitié. Et c’est ce qui fait que ce deuil a duré si longtemps, mon problème de communication.

Trois ans plus tôt j’ai aussi perdu mon parrain, une figure paternelle importante pour moi, et j’en ai fait un déni. Je ne voulais pas allée voir de psy. Deux ans après sa mort, je parlais avec une naturopathe qui justement lisait un ouvrage sur le deuil et c’est elle qui a dit que je faisais un déni.

Je me sentais mal si je n’avais pas pensé à mon parrain au moins une fois pendant la journée, je ne savais pas si tout ce que je ressentais était normal et ça tournait à l’obsession. Quand cette naturopathe m’a dit que ce n’était pas normal, ça m’a beaucoup aidé.

C’est en septembre 2019 qu’une séance d’hypnothérapie t’a aidé à dépasser ton blocage, c’est ça ?

Je pensais que le déblocage ne pouvait pas venir de moi : que ce serait grâce à une commande par exemple. Le fait de me renfermer sur moi-même quand j’ai perdu ces deux personnes proches, j’en ai fait de la paralysie du sommeil. C’est vraiment l’hypnothérapie qui m’a permis de tout débloquer. Ça a été très dur, mais c’est seulement là que j’ai avoué ne pas avoir eu le courage de monter cette expo, de ne pas exaucer un dernier souhait. 

C’est un déblocage récent, mais tu as recommencé à créer il y a environ 10 mois.

C’est grâce à Dave, mon petit ami, que la musique est arrivée. J’ai accès aux instruments tous les jours, la musique fait vraiment partie de mon éducation. La musique fait partie de mon vécu : je m’y suis ouverte toute seule mais aussi grâce à mon parrain.

Quand Dave composait, je lui donnais mon avis, je lui disais de faire quelques changements. Il trouvait que j’avais une bonne oreille et je me suis dit pourquoi pas.

Le fait de donner mon avis m’a donné envie de créer. J’ai toujours été à l’aise avec les logiciels, je travaillais beaucoup avec Photoshop, et quand j’ai découvert le logiciel musical j’ai fait trois chansons.

Bon, ce n’était pas du Mozart, mais c’était écoutable. Tout ce que j’avais gardé en moi pendant un an rejaillissait.

La musique c’est frais, nouveau, personnel. Ça me permet de penser à ce que j’aime à cet instant précis, de faire ce que je veux sans me demander si ça plaira aux autres.

Et la musique t’a permis de te remettre à dessiner ?

Oui, il faut illustrer la musique. Mais je savais. Je savais que la peinture et le dessin serait toujours en moi, j’étais juste incapable de dire combien de temps il me faudrait avant de recommencer. J’étais dans une période où je me sentais tellement vide. Comme un pot de fleur : la graine est toujours là mais il faut du temps pour que ça repousse.

Cette épreuve t’a permis d’évoluer ?

Bien sûr, j’ai évolué artistiquement. Aujourd’hui, j’ai du mal à voir mes peintures d’avant. L’exposition que nous devions faire ne sera jamais montée, mais je sais que pour ses poèmes, je vais trouver un moyen de les utiliser dans un projet artistique, mais de maintenant.

Louise Kohl, interviewée par Anne-Laure 

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