Voyage au Pays du Clitoris


Crédit : Clitoraid.org

C’est une destination plaisir, qui a pourtant été longtemps niée, que Lora notre sexothérapeute te propose aujourd’hui. Cachée voire même menacée en Occident pour être aujourd’hui surmédiatisée, cette destination est l’objet de tous les mythes et légendes…

« Pour quelles raisons le clitoris a-t-il été aussi controversé ? Et pourquoi ne parle-t-on plus que de lui aujourd’hui ? Que s’est-il passé ? Et bien….ce sont ces mystères cachés de notre histoire de femme que je te dévoile aujourd’hui. » Lora – Sexothérapeuthe

Il était une fois la mythologie ou le berceau de la psychologie humaine

Il y a bien longtemps, dans une contrée lointaine de Thessalie, au sud de la Macédoine, vivait la fille d’un Myrmidon (homme-fourmi). Sa beauté était extraordinaire et elle portait le joli nom de Clitoris. Sa beauté n’échappa d’ailleurs pas à Zeus, qui en tomba follement amoureux. Aussi, pour pouvoir lui faire l’amour, on raconte qu’il dû se transformer en fourmi. Sacré Zeus !

Mais quelle est l’étymologie de Clitoris ? Il vient du grec ancien, « Kleitôr », littéralement “le fermeur”, parce qu’il doit détenir des choses, des secrets, des pouvoirs. Quant au mot féminin kleitoris, il signifie “la fermeuse”, c’est la métaphore d’une clé

Et que permet-elle d’ouvrir, cette clé ? Et bien, ……la porte du plaisir pardi ! Parce que le clitoris n’a bien qu’une seule fonction : celui de faire jouir les femmes. D’ailleurs, de savoir qui entre l’homme et la femme a l’orgasme le plus puissant aura valu une violente querelle entre Zeus et sa femme Héra.

Incapable de tomber d’accord, le couple fait appel à un certain Tirésias. Un arbitre idéal, qui après avoir blessé deux serpents qui s’accouplaient, s’était retrouvé dans la peau d’une femme durant sept ans avant de redevenir un homme. Il avait donc vécu la sexualité des deux sexes.

Tirésias, donna raison à Zeus. L’orgasme féminin est plus puissant, jugea-t-il, estimant que la femme éprouve dix fois plus de plaisir que l’homme. Héra était tellement furieuse de voir le secret de son sexe révélé qu’elle décida de rendre Tirésias aveugle. Zeus magnanime, lui accorde toutefois le don de prophétie – et c’est d’ailleurs lui qui prédira à Œdipe son tragique destin.

Zeus et Héra – Peinture du 18ème siècle de James Barry
Anecdote sur ce tableau – regarde à droite du tableau – Héra guide la main de Zeus, vers la porte du plaisir qui se cache sous sa chevelure ! Ah j’adooooooore les coquineries de certains artistes peintres.

Mais alors, pourquoi avoir interdit aux femmes l’accès à leur jouissance depuis la nuit des temps (ou presque) ? Pourquoi quand il s’agit du clitoris tout va dans le mauvais sens, et que Eglise et Science s’associent ? Pourquoi autant de barbaries comme l’excision ou même la pendaison ? En quoi le plaisir sexuel de la femme est-il si menaçant ?

Il est tentant de croire que le clitoris a été victime d’une certaine discrimination et que la morale est venue troubler l’objectivité des savants. En tout cas, comme moi, tu comprends bien mieux pourquoi Héra voulait à tout prix garder ce secret caché !

Féminité, sexologie et religion

Mettons le doigt sur l’histoire insensée du Clitoris. Tantôt découvert, tantôt caché, puis interdit et même victime de barbaries (encore aujourd’hui) ! La bible encense les femmes (enfin plutôt son côté mère) et les fustige dans le même temps. On peut alors y lire des sentences comme :

Dieu a créé l’homme…mais toi, c’est le diable qui t’a faite !

Tu es l’alliée du diable – tu es la porte du diable !

Etre impur, poison des âmes !

Tu as été faite pour la domesticité !

Tu as été conçue pour céder à l’homme

Gouffre inouï ! sentier glissant ! Bouche de vices !

Ton sexe est l’instrument de la damnation !

Où est la femme, là se trouve le péché, où est le péché, là se trouve le Diable, et où est le Diable, là se trouve l’enfer !

Bon, stop j’arrête. Ces phrases sonnent le début des joyeusetés sur la vision de la sexualité féminine ! La société patriarcale est clairement posée. Les femmes mariées ont une sexualité reproductive. Les autres, les prostitués, sont là pour divertir ces Messieurs et faire tout ce qu’ils n’ont pas le droit de faire avec leurs épouses (et oui pendant des siècles seule la position «  de l’étoile de mer était autorisée entre époux). Ça me rend folle. Je pourrais presque dire que ça me rend hystérique, pas toi ?

Tiens d’ailleurs, d’où vient ce mot hystérie?

Au 5ème Siècle avant JC, les femmes d’Athènes manifestent leur révolte devant le désintérêt de leur mari. C’est le début de la 1ere contestation féminine, et donc du début du lesbianisme et des 1ers sextoys. Et oui, la révolution sexuelle ne date pas des 70’s ! Les maris s’inquiètent, il faut remettre de l’ordre, car le comportement des femmes est qualifié de déviant.

C’est là qu’Hippocrate, père de la médecine intervient et déclare : « L’organe essentiel de la femme est l’utérus. S’il n’est pas assez imprégné de sperme, le sang est refoulé vers le haut, ce qui provoque oppression et nervosité. Quelle se marie et la maladie disparaitra ». Cette maladie….c’est l’hystérie (qui vient du mot grec « utérus »), et cette idée dominera la médecine jusqu’au 20ème siècle !!!

« Une leçon clinique à la Salpêtrière », Boussais, 1887.

Mais ce cher Hippocrate conseillera quand même aux maris de stimuler le clitoris. Persuadé qu’il contenait du sperme et donc que la procréation n’était possible que si la femme avait un orgasme. Tant que la science pensait qu’il servait à la reproduction, notre cher Clitoris avait une meilleure vie jusqu’au 14ème siècle….mais toutes les bonnes choses ont une fin !

Mini mini liste des aberrations historiques 
  • 15ème siècle : Début de l’inquisition et on est parti pour 3 siècles de procès en sorcellerie, de pendaisons et de buchers. Un petit exemple sympathique : une femme qui avait un clitoris proéminent était considérée comme une sorcière et donc conduite directement au bucher, car elle avait « le dard du diable » !
  • 16ème siècle : André Vessal (anatomiste et médecin) déclare que le clitoris est une malformation féminine (en fait, un pénis qui aurait mal tourné) et comme il ne sert à rien et bien….autant le couper. Et là, grande vague d’excision.

    Crédit : Ernesto Timor
  • 17ème siècle : La médecine se dit que finalement ça sert peut-être à la reproduction – donc on l’excise moins.
  • 19ème siècle : Grand siècle de l’hystérie, le corps des femmes parle et leur inconscient clame une levée de cette interdiction au plaisir sexuel. C’est là qu’arrive Docteur Freud, et il se plante, en prônant qu’un orgasme clitoridien est soit déviant, soit immature. Selon lui, une femme est mature si et seulement si, elle atteint l’orgasme vaginal (c’est-à-dire par pénétration – et donc grâce au sexe masculin). Ainsi, on reste aussi dans l’idée que la sexualité chez la femme ne sert qu’à la reproduction. De là s’en suivent des pratiques délirantes : de l’ablation (pour éviter la masturbation), à la masturbation manuelle ou avec sextoy, pratiquée par des médecins pour éviter l’hystérie ??!!! Euh, pas logique du tout du tout !

Si tu ne l’as pas encore vu je te conseille le film « Hysteria » qui retrace l’histoire de l’invention du 1er sextoy vibrant (pour soigner l’hystérie).

A noter toutefois, que Freud lui-même avouera s’être trompé à la fin de sa vie et il écrira ceci noir sur blanc : « Si vous voulez en savoir davantage sur la féminité, interrogez votre propre expérience, adressez-vous aux poètes, ou bien attendez que la Science soit en état de nous donner des renseignements plus approfondis et plus coordonnés. »

  • 1930 : Les médecins se mettent d’accord pour dire que ce n’est pas relié à la reproduction. Du coup, on retire le mot clitoris des dictionnaires et des livres d’anatomie. Oui, oui, tu as bien lu, exit le clitoris !
  • 1960 : Il réapparait dans les manuels – mais seule l’extrémité de l’iceberg y figure. Alors que, soit dit en passant, Renato Colombo l’avait découvert en 1559 et l’avait décrit comme « un organe si joli et tellement utile » – mais ses travaux ont disparu pendant des siècles. Bizarre, vous avez dit bizarre ?!
  • 2005 : 1er IRM pour avoir une image précise du Clitoris. Il y a juste 12 ans en fait que l’on a une meilleure connaissance de l’anatomie du clitoris.
  • 2017 : (oui, oui, tu as bien lu) Enfin un manuel scolaire montre à quoi il ressemble vraiment ! Mais la sexualité féminine intéresse toujours très peu les facultés de médecine et de gynécologie. Une vraie aberration que combattent des doctoresses contemporaines comme Helen O’Connell et Odile Buisson.

Crédit : roya ann miller

Alors, à quoi ressemble–t-il vraiment ce Clitoris ?

Loin d’être un bouton de rose ou une petite perle dans une huître, le clitoris est un organe qui mesure entre 6-12 cm ! C’est un organe érectile et érogène, qui gonfle de plaisir… Euh, ça te fait pas penser à quelque chose? Et bien oui, c’est comme un pénis. Mais, lui, il est caché (et on retrouve l’étymologie de clitoris : caché, qui a des secrets) !

« T’es clitoridienne ou vaginale ? »

Cette question n’en n’est pas une en réalité. C’est juste un faux débat. Une fausse idée de Sigmund (alias Docteur Freud) qui reste malheureusement bien trop présente dans notre inconscient collectif. En fait, toutes les femmes sont CLITORIDIENNES  – le vagin étant de surcroit la zone la moins innervée et donc la moins sensible du corps de la femme.

La sensation, et je dis bien la sensation d’un orgasme vaginal (qui est en fait clitoridien), est dû à la stimulation indirecte des bulbes du clitoris, qui se gonflent et qui permettent au vagin de s’ouvrir. Le vagin va donc lui aussi se gorger de sang, et produire un fluide permettant la lubrification de ses parois et s’allonger également.

En fait, le clitoris, c’est la clef, le « Sésame ouvre toi » du vagin. Et c’est sa SEULE et UNIQUE fonction.

Crédit : Rokudenashiko

Il est alors grand temps de nous le réapproprier. Des siècles et des siècles d’interdictions d’en parler, de le toucher, de le voir, de le stimuler. Et bien cela ne s’efface pas dans un claquement de doigts. D’ailleurs, selon une étude récente, seuls 30% des femmes ont un orgasme pendant un rapport. Est-ce que cela signifie que les 70% autres sont anormales ? Bien sur que non !

La femme doit apprendre à connaitre son anatomie, son corps, ses zones érogènes. Ainsi, elle pourra guider son partenaire vers ce qu’elle désire et ce qui lui procure du plaisir. Car, en effet, avant d’ouvrir la clef du plaisir, il est aussi capital de libérer la parole (par une autre porte). La clé de l’épanouissement sexuel c’est aussi et surtout la fin du « caché », de la honte, des préjugés, des simulations et des non-dits, pour laisser place à l’authenticité, la sincérité et la complicité !



Lora est spécialisée en psychothérapie relationnelle et en sexothérapie. Elle anime également des ateliers pour les femmes sur Lille (et bientôt sur Paris et Genève). Tu peux la contacter par mail lorapassuello@homail.fr et visiter son site : www.lorapassuello.com

 

There are 6 comments

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s