Art Déco : Il était une fois le coq et le crapaud


interview Gildas François tapissierAprès 7 ans d’études dans le domaine de la psychanalyse, Gildas François a décidé de changer radicalement de voie. Une rencontre presque magique avec le métier de tapissier en sièges l’a conduit remettre en question son choix de vie. Il a quitté la ville de Montpellier pour s’installer en Lorraine (à Metz) où il vit de sa passion. Laura, notre experte arty, a rencontré ce maître tapissier sur arbre perché…

laura parisot« Hey ! Comment vas-tu en ce début d’année ? Pas trop dur la reprise après ces vacances en fête ? En avant les nouvelles résolutions. Pour ma part, j’ai choisi de continuer une vie saine avec une bonne alimentation et une dose de sport. Tout simplement bien prendre soin de moi et de mes proches. Et toi quelles sont les tiennes ? N’hésite pas à me laisser un petit com’ en bas de l’article, je me ferai un plaisir de te lire ! 🙂 Pour commencer cette nouvelle année, j’ai décidé de te présenter un métier très ancien, mais très flou dans la tête des gens : tapissier en sièges, ça te parle ? Allez, je vais ni une ni deux te présenter Gildas François, un tapissier de talent. » – Laura

Qu’est-ce qui t’a fait passer de la psychanalyse au métier de tapissier ?

C’est véritablement la passion qui est à l’origine de mon changement de voie, et un peu le hasard aussi. J’étais effectivement en doctorat d’études psychanalytiques, lorsque j’ai ramassé un fauteuil abandonné sur un trottoir. J’ai eu l’idée saugrenue, pour moi qui ignorais mes capacités manuelles, de me mettre à le restaurer. Au début je me suis débrouillé avec les moyens du bord. Puis, petit à petit, j’ai commencé à me renseigner sur les techniques propres au métier de tapissier. La découverte du travail de la matière et de la grande variété des tissus d’ameublement m’a stimulé au point d’entrouvrir la porte à la possibilité d’une nouvelle direction dans ma vie.feutre-orange-le-coq-et-le-crapaud

Au bout de 2 ans je me suis rendu à l’évidence. Je passais davantage de temps à chiner des carcasses de fauteuils pour mettre en œuvre et parfaire toutes les techniques que je découvrais, qu’à me consacrer à mon travail de thèse. Si bien que j’ai fini par lâcher-prise et me décider à me former de manière professionnelle à ce beau métier… D’où mon arrivée en Lorraine, qui m’a accueilli afin de passer mon CAP de tapissier d’ameublement. Puis me perfectionner et m’ouvrir à la création, en intégrant la formation de Concepteur-Créateur.

Quelle est l’histoire de ta marque « Le coq et le crapaud » ?

Il y a plusieurs idées derrière Le Coq & Le Crapaud. Pour moi, les fauteuils, (les tiens, les miens), ont une histoire. L’histoire des lieux par lesquels ils sont passés. Ils portent aussi en eux la mémoire des formes, plus ou moins charnues, de celles et ceux qui se sont laissés aller entre leurs bras à des causeries ou des rêveries. Et comme le premier fauteuil que j’ai réalisé seul à l’issue de ma formation était un fauteuil crapaud que j’avais recouverts d’un tissu pied-de-coq, l’idée m’est naturellement venu d’écrire une fable entre un coq et un crapaud, puis j’ai trouvé amusant et pertinent d’en faire ma marque.

Pourrais-tu expliquer ton métier à nos lectrices ?

Il est vrai que le métier de tapissier est finalement assez peu connu. On ne les remarque généralement que lorsqu’on a besoin d’eux. C’est assez compliqué d’expliquer de manière concise le métier tant il revêt de facettes et dissimule de techniques diverses. Néanmoins, sachez mesdames que pour faire l’assise d’un fauteuil il faut une quinzaine d’étapes différentes dont la mise en œuvre peut varier en fonction du style du fauteuil. Cela va du sanglage, jusqu’à la pose des clous décoratifs, en passant par le guindage des ressorts, la mise en crin et le modelage de la garniture. Le métier de tapissier-décorateur, c’est aussi de conseiller les clients sur le choix des tissus en fonction de leurs goûts. Un des autres aspects du métier consiste à confectionner des rideaux et décors de fenêtre.art-deco-10_3000x3000_1000kb_3000x3000_1000kb

J’ai cru comprendre que chaque fauteuil avait son histoire, et que tu livrais le fauteuil au client avec un texte qui lui était associé. Est-ce toujours le cas ?

Effectivement, j’avais pour habitude de raconter une petite histoire qui m’était généralement inspiré par ce que m’avait raconté les propriétaires des fauteuils de leur histoire familiale. Mais j’ai dû renoncer à cette petite cerise sur gâteau par manque de temps. Être artisan nécessite de faire face à de nombreux fronts et j’ai dû faire des choix. Ceci étant vous pouvez retrouver la fable Le Coq & Le crapaud sur mon site si vous souhaitez la découvrir.

Je suis absolument fan de tes « fauteuils à coiffer », une idée absolument originale ! Tu as travaillé en collaboration avec un coiffeur. On a l’impression que le fauteuil acquiert une certaine humanité. Trouves-tu des acquéreurs à ces petites merveilles à poils ?

Merci beaucoup ! Je viens tout juste de vendre le premier, une commande sur une structure de fauteuil années 50 en rouge et gris. La cliente m’a laissé carte blanche et avec Jimmy Weil, le coiffeur qui collabore avec moi sur ce projet, nous en avons fait un fauteuil à mi-chemin entre David Bowie et Yvette Horner. J’adore ! Les Fauteuils à Coiffer sont des objets-sculptures en quelque sorte puisqu’ils ne sont pas du tout utilisable, donc leur public est plutôt confidentiel mais ils plaisent beaucoup par leur côté atypique.

C’est quoi la journée type de Gildas François ?

Il n’y a pas vraiment de journée type. Être artisan, c’est être chef d’entreprise et comme je travaille seul, je dois revêtir toutes les casquettes que cela implique. Je passe seulement environ la moitié de temps à l’atelier en production. Puisque, par ailleurs, il faut assurer les tâches administratives et comptables, prospecter, se déplacer en clientèle, imaginer sa communication… Et au milieu de tout ça, j’essaie de me libérer l’esprit pour penser des projets de création, aller voir dans d’autres domaines ce qui se fait. C’est la partie que je préfère et c’est aussi malheureusement celle qui passe en dernier. Cela dit, mes semaines avoisinent les 60 ou 70h.

Quand je vois tes créations, j’ai l’impression qu’elles mélangent différents domaines, notamment celui de la mode. Est-ce que c’est un domaine qui t’inspire ?

Comme je le disais, il est important pour moi de m’ouvrir à tous les domaines de la création, la mode en fait partie, au même titre que la littérature, la peinture, la sculpture ou encore l’art du pli. Le maître-mot est d’avoir l’esprit ouvert. Ce qui est peut-être le plus difficile lorsque l’on doit faire tourner un atelier seul.atelier-1ok

Quels sont tes futurs projets ?

Cette année, j’aimerais justement développer une version utilitaire des « Fauteuils à Coiffer ». J’ai quelques pistes, mais je ne sais pas encore exactement comment faire. Je collabore également beaucoup avec Angélique Dosda, décoratrice ainsi qu’avec Yves Bauler, architecte d’intérieur. Je suis sûr que cette année nous réservera de belles surprises créatives ! En 2016, à l’occasion des JEMA (Journées Européennes des Métiers d’Art), j’avais proposé à la Corporation des Tapissiers-Décorateurs de la Moselle d’organiser un Défilé de Fauteuils. C’est un événement qui a eu un joli succès et il est question de le rééditer à la demande d’une communauté de communes mais rien n’est encore sûr. Avec mes collègues tapissiers qui avaient participés, nous avons déjà des idées pour renouveler ce spectacle que nous avions proposé et nous espérons que cette 2ème édition pourra voir le jour. Très prochainement je participe au salon Antiques & Art Fair à Luxembourg, où j’aurais le plaisir de faire découvrir mon travail au public. Il se déroule du 3 au 6 février à Luxexpo.

gildasjanvier160024-2-2

Qu’est ce que ça veut dire être créateur pour toi aujourd’hui ?

Tellement de choses ! Pour moi, c’est être à l’écoute de ce qui se passe, laisser libre-court à son imagination, rêver, cauchemarder aussi… Agiter tout ça et le mettre en forme.

Si tu avais un petit mot à dire à nos lectrices pour commencer l’année 2017 en beauté. Que voudrais-tu leur dire ?

L’accroche de ma carte de vœux de cette année me paraît être un petit mot tout à fait adéquat « En 2017 je vous souhaite de voir les choses en grand »… et aussi qu’elles se fassent plaisir en faisant appel aux artisans et créateurs près de chez elles !

Retrouve les créations de Gildas François sa page Facebook Le coq et le crapaud ou sur lecoqetlecrapaud.fr

 



Pour en savoir sur Laura

laura parisotLaura en connait pas mal sur la question en matière d’Art, d’Artisannat et de Mode. Elle a créé sa propre marque de bijoux contemporains. N’hésite pas à visiter son site, lire ses articles précédents et t’abonner à sa page Facebook.

Publicités

There is one comment

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s