Mary-Astrid : le mannequin engagé


marie astrid collette 3Dans l’industrie de la mode, le vent tourne doucement. Quelques voix de mannequins tels que Georgina Wilkin et Agnes Hedengård s’élèvent pour dénoncer les dérives de l’absolue minceur. Mais c’est surtout grâce au mannequin français Mary-Astrid que l’on découvre l’envers du décor, pas toujours jo-jo. Avec son blog Slice of Fashion Life et ses coups de gueule dans les médias, elle parle sans tabou de ce monde aussi fascinant que cruel. Interview. 

Stephanie JEAN MARIE« Mary-Astrid ne laisse pas indifférent. Certes, elle est très belle, a une taille qui fait rêver mais c’est en l’écoutant parler, en la lisant aussi qu’on tombe sous son charme. Sur son blog, elle raconte avec une honnêteté sans faille et une douceur désarmante, ses années de mannequinat. Aujourd’hui, dans cet interview, je retiens les propos de Mary-Astrid comme une lettre ouverte à toutes les femmes. » – Stéphanie

Crédit : Bat Howell

Crédit : Bat Howell

Peux-tu te présenter en quelques lignes ?

Mary-Astrid : « J’ai 27 ans, j’habite la région Lilloise et je suis une amoureuse de ma région ! Après 8 ans dans le mannequinat et plus de 3 ans de blogging autour du monde de la mode, j’ai entamé la folle aventure de la rédaction d’un livre. Je travaille à l’adaptation de mon blog en bouquin, avec l’aide de ma petite sœur. En parallèle de mon activité de mannequin, j’ai suivi un cursus scolaire en communication. (…) Je suis aujourd’hui chargée de communication pour une superbe enseigne, où je m’éclate à diriger la production d’un magazine culinaire. Aujourd’hui, le blog reste mon terrain de jeu et le mannequinat est occasionnel. »

Crédit : Bat Howell

Crédit : Bat Howell

Tu as été très connue grâce à un gros coup de gueule poussé contre les « diktats de la mode ». Peux-tu nous expliquer ce qui s’est passé ?

MA : « En Janvier 2013, je suis partie en Thaïlande pour une créatrice de bijoux que je connaissais bien. J’étais super contente à l’idée de partir là-bas. Sa marque est très prestigieuse et ce shooting aurait pu faire basculer ma carrière. Elle m’avait avouée qu’elle voulait un mannequin plus en chair et plus souriante : mon profil ! Le matin du shooting, on fait un essai lumière et tout à coup, tout s’arrête. On me traite de grosse mannequin et on me tend un ticket retour vers la France. Je n’ai pas compris ce qu’il se passait, j’ai passé 24H dans ma chambre d’hôtel complètement désarmée. Je n’ai plus jamais eu de nouvelles de cette créatrice pour qui, pourtant, j’avais déjà travaillé quelques semaines auparavant. C’est à cet instant que j’ai décidé de créer le blog, pour raconter les coulisses de mon métier et ouvrir les yeux aux gens sur la réalité des choses ! Je n’ai pas cessé de m’alimenter pour autant ! J’aime mes formes et je les défends ».

L’industrie de la mode n’a plus aucun secret pour toi. Qu’est ce qui, dans ce milieu, t’a le plus choqué, désarmé ou déçu ?

MA : « J’ai toujours adoré exercer ce métier, par contre le milieu est assez délicat à approcher. Il faut être armée pour se prendre des réflexions et des déceptions au quotidien et il faut aussi savoir garder les pieds sur terre lorsque des choses formidables arrivent. Dans ce monde là, on peut très vite monter dans sa carrière, mais aussi descendre. Il faut vivre à fond ce qui arrive mais garder des attaches extérieures au monde de la mode pour rester debout et saine ! »

Crédit : Bat Howell

Crédit : Bat Howell

Quels sont tes meilleurs souvenirs de mannequins ?

MA : « Mes voyages et mes jobs sur des grosses productions ! Je suis partie en Nouvelle Zélande, en Crête, en Angleterre, en Espagne, en Suisse… J’ai travaillé pour des marques incroyables comme Chanel ou Lacoste ! Avec mon profil « atypique » de nana qui fait un 38, c’est pour moi une belle réussite que d’avoir réussi à travailler avec ces grands ! »

Si tu devais décrire le regard de la société au sujet du mannequinat, que dirais-tu ?

MA : « L’opinion publique pense que le mannequin fait du défilé, ne mange pas et se contente de hocher la tête quand on lui demande quelque chose. C’est fort dommage ! Car pas du tout. Etre mannequin, c’est être polyvalent parfois. Je n’ai personnellement jamais fait de défilés mais j’ai fait de la photo, des salons, de la comédie, de la publicité … Un mannequin MANGE ! L’anorexie existe, malheureusement, dans ce monde mais il ne faut pas en faire une généralité. Il y a des gens malades dans tous types d’activités, mais comme le mannequinat est un métier d’artifices et d’apparences, on en fait une généralité. »

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Pour Judith Benita

Niveau perso, peux-tu définir ton style ?

MA : « Il est très variable car je m’inspire de beaucoup de choses. J’aime les allures de mes amies et j’aime aussi le look de mes icônes musicales ! Disons que j’aime les beaux basiques avec des twists inspirants. Par exemple, je peux être en pull noir, jean et baskets avec un énorme sac western à franges. »

Pour toi, que veut dire l’expression « avoir du style » ?

MA : « C’est donner l’impression d’être bien dans sa peau. Et donc, dans ses vêtements. Peu importe les marques portées et le maquillage pour cacher quelque chose. L’essentiel c’est dans la tête. »

Quelle est ta vision de la mode ? A quoi devrait servir la mode aujourd’hui ?

MA : « Elle ne doit pas être obsessionnelle. Je connais des filles qui ne vivent qu’à travers leurs looks du lendemain… Quelle horreur ! J’aime le freestyle, l’instinct. Je réfléchie peu quand je m’achète des vêtements par exemple car ils me permettent d’oser et peu importe si c’est une « tendance » éphémère ! Si ça me plait ! »

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Crédit : Bat Howell

Que souhaites-tu que l’industrie de la mode fasse évoluer ?

MA : « J’aimerais surtout que les magazines arrêtent de nous présenter des filles trop minces et retouchées. Même si leur minceur est naturelle et sublime (ce n’est pas parce que je défends les formes que je n’aime pas la minceur aussi !), il faut varier les castings. Les jeunes filles s’identifient à ces pages de papier glacé. Il faut leur donner des inspirations réelles ! A partir de ce moment là, je pense qu’on pourra parler d’avancée. »

Si tu devais changer une chose dans le mannequinat en général, ça serait quoi ?

MA : « Rien, c’est un métier fabuleux ! Ce sont les personnes qui évoluent dans ce métier qui doivent faire attention à eux. C’est un monde passionnant, mais la passion peut parfois brûler. »

Quel est ton avis au sujet de l’industrie de la mode d’aujourd’hui ?

MA : « Elle évolue très vite ! Les modes passent et changent beaucoup plus vite qu’avant. C’est compliqué de s’affirmer dans une époque en particulier. Mais si on n’en tient pas compte, on trouve toujours des choses sympa à acheter et peu importent les tendances finalement. »

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Pour l’artisan créateur

En ce moment, où shoppes-tu tes fringues, tes accessoires et ta déco ?

MA : « J’ai toujours aimé le vintage ! Sinon, sur des sites de seconde main. Quand j’ai de quoi me faire plaisir j’aime les coupes de chez Margiela, Isabel Marant ou Acne. Mais la majeure partie de mon dressing vient de chez Zara. »

Selon toi, quelle est la tenue idéale pour aller faire du shopping ?

MA : « Un jean coupé 3/4, une paire de Vans et un tee shirt blanc oversized. »

Les incontournables de ton dressing ?

MA : « Les vestes en cuir, de toutes les couleurs, j’en ai une bonne dizaine. »

Pour toi, c’est quoi « être pulpeuse » ?

MA : « On peut être pulpeuse en faisant un 36 donc ce n’est pas une question de chiffres ! Etre pulpeuse c’est être féminine, assumer ses atouts féminins et s’éclater avec. »

Crédit : Bat Howell

Crédit : Bat Howell

Envie d’ajouter une questions ?

MA : « Oui, en effet. Quel est mon rapport à la nourriture ? J’ai toujours aimé manger. Même si la pression des agences de mannequins est énorme, même si j’ai déjà essayé de perdre du poids pour avoir plus de boulot, j’ai abandonné. Ca ne me ressemble pas de manger dans mon coin et de compter mes calories. Pour moi la nourriture est sociale. C’est un bon moment. La préparation et la dégustation sont des instants fabuleux ! Il faut profiter de toutes les bonnes choses qu’on a sur terre et se faire plaisir avec ! J’aime manger, vraiment. Alors je fais du sport, j’ai plein d’activités et jamais personne ne me demandera de cesser de m’alimenter pour décrocher une séance photo. Même si c’est pour une marque célèbre. On me prend telle que je suis ou pas du tout. »

 



Pour en savoir plus sur Steph

Stephanie JEAN MARIEStéph est la fondatrice et directrice de publication du magazine Les Pulpeuses. Découvre sa bio et abonne-toi à son profil facebook.

There is one comment

  1. anaverbaniablog

    C’est hallucinant de se dire que cette nana est trop grosse pour certains… elle est tellement bien fichue ! Pfff il faudrait vraiment que les lois encadrent le milieu de la mode, car on lit des choses vraiment ignobles… Heureusement que certaines filles ont suffisamment de caractère pour dénoncer cela, et attirer l’opinion publique sur le problème…

    Aimé par 1 personne

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